|
DU
CHARBON ET DES HOMMES
|
Pour
trouver les origines du
charbon, il faut faire
un saut en arrière de
200 à 300 millions
d'années.
Nous sommes à la fin de
l'ère primaire, à la
période dite
"carbonifère". La Terre
est alors semblable à
une vaste serre :
recouverte de marécages
et d'une végétation
luxuriante qu'un climat
chaud et humide
enveloppe.
Certains terrains
s'affaissent, les débris
végétaux s'y accumulent,
fermentent et sont
enfouis sous des
sédiments. Ce processus,
maintes fois répété, de
superpositions de dépôts
dans une atmosphère
chargée de gaz
carbonique a donné
naissance à des
substances solides et
combustibles à haute
teneur en carbone, soit,
par ordre d'ancienneté :
la houille, le lignite
et la tourbe. Les
gisements ainsi formés
se présentent en amas
ou, le plus souvent, en
veines intercalées entre
d'autres formations
sédimentaires.
La
découverte de la houille
est relativement récente
; elle était inconnue
trois mille ans avant
Jésus-Christ, alors que
l'homme savait déjà
exploiter les richesses
du sous-sol. D'après
Théophraste, les
forgerons grecs
l'employaient dès le
IVème siècle avant notre
ère. Mais il est certain
que le charbon était
déjà connu dans notre
pays à l'époque de la
conquête romaine. Seuls,
en leur temps, les
Gaulois exploitaient le
charbon. Seuls, avec les
Chinois, qui auraient
connu la houille bien
avant notre ère. Mais il
faut attendre les IX ème
et Xe siècles, pour que
l'usage du charbon entre
dans les mœurs en Europe
occidentale ; alors la "
pierre qui brûle "
devient le charbon « de
terre » par opposition
au charbon de bois
Une charte de
Petersborough, datée de
853, en fait état pour
la première fois. Les
amorces de son
extraction sont datées
de l'an 1000, en Saxe,
de 1049, en Belgique. En
France, un document
officiel en porte
mention en 1201. Un reçu
de péage pour la
traversée du pont d'Albi
atteste que le charbon
est exploité à Carmaux
en 1250. Le droit
d'ouvrir une mine de
charbon est devenu l'une
des prérogatives de la
féodalité. |
|
C'est surtout au XIVe siècle
que l'emploi du charbon s'imposera
partout où il affleure.
L' existence d'un gisement ne pouvait être décelée qu'aux rares endroits
où la couche, dénudée par
l'érosion, apparaissait à la
surface du sol. On exploite alors
ces « affleurements » à Saint
Etienne, au Creusot, à Alès, à
Graissessac, à Commentry, à
Carmaux. Henri IV sera le premier
à se pencher sur la condition
sociale du mineur et il prescrit
d'entretenir dans chaque mine un
poste de secours « afin que
l'usage du charbon se développât
». Mais déjà un médecin allemand,
Agricola, a étudié passionnément
les « études de l'ingénieur des
mines » pour apprendre aux hommes
à exploiter, en profondeur, les
richesses minérales.
En attendant, on exploite donc les
« affleurements » en s'avançant à
peu de distance dans la couche
lorsqu'ils sont situés à flanc de
coteau. Ou bien on creuse des
puits, trous de quelques mètres de
profondeur équipés d'un treuil en
bois. Les mineurs sont des paysans
grattant leurs champs pour
arracher du combustible. Au XVII
ème siècle, la prospection du
sous-sol dans le royaume de France
se heurte partout à l'hostilité
superstitieuse des populations.
Mais, dès le XVIII ème siècle, des
radeaux construits au bord de
l'Allier et chargés du charbon
d'Auvergne et de tonneaux de vin
s'en vont, par le canal de Briare,
jusqu'à Paris où tout est vendu,
charbon, vin et bois des radeaux.
L'exploitation du charbon prend
alors son véritable essor grâce à
quelques « grands mineurs » : le
vicomte Désandrouin qui découvre
le riche bassin d'Anzin après
avoir exploré le sous-sol du
Hainaut, le marquis de Solages,
fondateur des mines de Carmaux,
Louis-Antoine Beaaunier qui, pour
transporter le charbon de la
Loire, construit de Saint-Etienne
à Andrézieux le premier chemin de
fer de France: il est tiré par des
chevaux. D'abord simple concurrent
du bois, le charbon voit peu à peu
son exploitation s'intensifier
avec le déboisement progressif du
pays.
Au XIX ème siècle naît la grande
industrie houillère. En effet,
l'invention de la machine à vapeur
va permettre d'améliorer les
techniques d'extraction (pompes et
treuils plus puissants) ; la
découverte du coke accélérera sa
transformation en véritable
industrie. Une industrie qui va
connaître un prodigieux essor,
avec d'énormes besoins d'argent et
de main-d'œuvre et, par
conséquent, la naissance d'une
corporation minière qui deviendra
une des familles professionnelles
les plus nombreuses et les plus
cohérentes. |
| |
|
Les bassins
houillers du Nord de la France ne
connaissent pas d'affleurements.
Cependant, dans le Hainaut, une
légende locale affirme que
l'emploi du charbon y fut connu à
une époque reculée.
La voici, traduite du latin : «
Cette année 1196 ou 1200 ? une
terre noire très bonne pour servir
aux forgerons et pour faire du feu
a été découverte près de Liège, en
différents endroits, de la manière
suivante : un vieillard, vénérable
par son front chauve et par sa
barbe, revêtu d'un habit blanc, a
passé, dit-on, par le village de
Cocke ; il a dit à cet artisan qui
se plaignait de trop dépenser pour
le charbon de bois et de faire
ainsi peu de bénéfice
" Mon ami, va au mont voisin des
moines, tu trouveras ouvertes des
veines noires de terre ; cette
terre est très utile pour ton
usage ".
La découverte du charbon dans le
Nord a nécessité de nombreux
sondages et la mise en jeu
d'énormes capitaux.
La première société
d'exploitation, celle d'Anzin, a
été fondée en 1734. Son succès
suscita de nombreuses recherches
dans le Hainaut, dans les Flandres
et en Artois. Les États d'Artois
suivaient ces recherches avec
beaucoup d'intérêt. Le bois était
rare et de plus en plus cher. Des
récompenses étaient promises à
ceux " qui auraient mis durant les
cinq ans une mine de charbon en
exploitation dans la province ".
Malheureusement, des nombreux
sondages entrepris, aucun ne
révéla le charbon. A travers
plusieurs essais infructueux, rien
de sérieux ne sera tenté jusqu'en
1834.
En cette année, il se manifeste un
engouement général pour les
entreprises industrielles et plus
particulièrement pour les mines de
houille. De nouveau, le sol du
département est fouillé en tous
sens, mais toujours sans succès.
En 1840, les chercheurs,
découragés, abandonnent la partie.
On est pourtant bien près
d'aboutir. En 1841, on creuse un
puits artésien à Oignies ; pas
d'eau jaillissante, mais on
apprend, vers 1846, que la sonde a
rencontré le charbon à la
profondeur de 170 mètres. L'année
suivante, un administrateur des
Mines de Vicoigne constate, lui
aussi, la présence du charbon à l'Escarpelle
et peut déterminer que la
formation carbonifère dévie de 30
à 40 degrés vers le Nord, cause
initiale de tant d'insuccès.
Sitôt connues, ces découvertes
provoquent de nouvelles
recherches. En 1850, le terrain
houiller est reconnu de Douai à
Lens sur un espace de quinze
kilomètres en longueur et huit en
largeur. Le Bassin du
Pas-de-Calais sera bientôt partagé
jusque Fléchinelle entre les
diverses sociétés
concessionnaires. |
| |
|
A LENS : En juillet
1849, un premier sondage était
ouvert à Annay-sousLens.
Par suite d'accident, il dut être abandonné. Dans le même temps, la
Société de Vicoigne, qui
sollicitait la concession de Noeux,
établissait un sondage à
Loos-en-Gohelle. Lens s'empressa
d'en effectuer un à Vendin ; les
deux atteignirent le charbon. Mais
un peu partout, et malgré
l'expérience acquise, les débuts
furent difficiles. II fallut
lutter avec les difficultés de
terrain, avec l'eau, et les moyens
mécaniques étaient peu puissants.
II n'y a pas si longtemps, les
vieux mineurs parlaient encore du
manège à chevaux ou à bras pour
actionner le " tonneau "; des
descentes et remontes en file
indienne par les échelles ; des
feux allumés dans les puits
abandonnés pour servir d'appel
d'air et d'autres difficultés
depuis longtemps disparues. A
cela, les ouvriers des villages
devaient ajouter une longue route
à faire à pied pour se rendre à la
fosse.
... Mais, dès 1856, la fosse
Sainte-Elisabeth, ouverte en 1852,
occupe 513 ouvriers et donne
62.210 tonnes de produits. La
fosse du Grand-Condé, ouverte en
1857, entre en exploitation en
1859. En 1858, une troisième fosse
avait été ouverte et, en 1860, la
production des trois puits
dépassent 100.000 tonnes. Un
quatrième puits, ouvert en 1862,
entre en extraction en 1864, et,
deux ans après, les quatre fosses
donnent 348.631 tonnes avec 1.583
ouvriers...
(Extrait de « Lens,
son passé, ses houillères », de M.
A. Bucquet Imp. Cle de l'Artois.) |
| |
|
Jusqu'à la
dernière guerre, la mine avait
certes évolué, mais les
changements dans la technique
s'étaient effectués lentement,
apportant régulièrement, sans
à-coups, leur lot d'avantages et
d'améliorations dans la vie du
mineur. Mais, à partir de 1945,
l'évolution s'est accentuée de
façon extrêmement rapide.
L'augmentation du nombre d'engins
modernes a été rendue possible par
l'introduction de l'électricité ,
et le métier s'est transformé. 'Le
mineur est de moins en moins un
manœuvre qui abat le charbon il
devient un technicien spécialiste
des machines d'abattage, de
creusement, ou même un
électromécanicien.
Par la même occasion, le nombre
des puits d'extraction a
considérablement diminué, sans
diminution notable de production.
Tel est le résultat d'un programme
de concentration commencé en 1948
et qui est pratiquement achevé en
1971. Autrefois, le Siège de type
courant était capable d'extraire
de 500 à 1.500 tonnes nettes par
jour. Les Sièges modernes ont une
capacité de plus de 7.000 tonnes
nettes de charbon par jour.
Parallèlement est effectuée une
concentration des installations de
préparation mécanique des charbons
(lavoirs) et une concentration des
cokeries, centrales et usines
chimiques. Au fond, le nombre de
tailles diminue tandis
qu'augmentent leur longueur et la
rapidité de leur avancement ; ceci
grâce à une mécanisation aussi
développée que le permet
l'irrégularité du gisement. La
concentration des chantiers a
permis une réduction des effectifs
ouvriers, compensée par une hausse
importante du rendement.
(Extraits de documents HBNPC,
carte Conseil Régional,
|
| |
|
Des dates
importantes
En 1882 et 1885 à Liévin : coup de
grisou, respectivement 22 et 28
victimes...
En 1895 à Montceau les mines ,
coup de grisou ( 50 victimes )
Le 10 mars 1906 ,la catastrophe de
Courrières :
Plus de soixante km. de veines
souterraines de Sallaumines à
Billy sont traversées par un
incendie meurtrier : 1181 morts
et 14 rescapés seulement après 20
jours sous la terre ...
Au printemps 1906 , s'en suivra
une grande grève : dans un climat
de guerre civile, Clémenceau
envoie la troupe , 21.000 soldats
en face de 60.000 mineurs. le
mouvement est brisé par la force
et c'est un échec.
En 1912 : coup de grisou à La
Clarence Divion : ( 79 morts )
En 1917 : le 16 avril Fosse 9 de
Warenghien ( Hersin-Coupigny) :
coup de grisou ( 42 morts )
en 1954, le 20 juin à La Clarence-
Divion : coup de grisou, ( 10
morts )
Septembre 1959,
le général de Gaulle descend dans
la mine. Il prononce un discours
qui ira droit au cœur des quelque
6 000 mineurs qui l’écoutent sur
le carreau du 6 d’Haillicourt dans
le Nord-Pas-de-Calais. Peu avant,
le chef de l’état était
descendu au fond. Cela ne
s’était pas vu depuis 1914 et
Raymond Poincaré qu’un président
de la République prenne la cage
étroite du mineur. L’année
suivante, le plan signé de son
ministre de l’Industrie est une
véritable révolution culturelle de
la politique charbonnière
française. La récession a
commencé. Elle aboutira, après
quelques soubresauts, au pacte
charbonnier de 1994.
en 1974, le 27 décembre, au 3 bis
de Lens (commune de Liévin
dite Fosse St Amé) , coup
de grisou ( 42 morts )...
Ces dates ne sont malheureusement
que quelques exemples des
nombreuses tragédies qui ont
endeuillées l'histoire de la mine
dans notre région : éboulements,
accidents, coup de grisou et sans
oublier la terrible maladie
professionnelle , la silicose qui
guette les mineurs
Les grandes
dates de l’histoire ne sont pas
toujours, hélas, marquées
d’événements heureux. Dans la
mémoire des mineurs du
Nord-Pas-de-Calais, ce 21
décembre 1990
inspirera à jamais un
sentiment de tristesse et de
nostalgie. Ce jour-là, en effet,
les dernières gaillettes étaient
extraites du bassin. La grande
aventure commencée 270 ans plus
tôt prenait fin. Les mines du
nord de la France, qui, à la
Libération, allaient être
regroupées dans une entité unique,
les Houillères du
Nord-Pas-de-Calais, avaient été en
tête des évolutions techniques et
de la production. Les mineurs de
la région avaient été aussi à
l’avant-garde des luttes sociales.
Ce bassin immense, étendu sur une
centaine de kilomètres de
Valenciennes à Béthune, était le
plus riche de France, fournissant,
un siècle durant, et jusqu’aux
années 1950, les deux tiers de la
production française. Pour le
profane, penser au charbon c’était
aussitôt évoquer le Nord, le plat
pays où les terrils remplaçaient
les montagnes, où l’alignement
monotone des corons était le
symbole de la révolution
industrielle.
|
|
|